John Muir, stupéfait de la beauté de la vallée ossaloise

« Jean Giono voyait comment un petit conte pouvait changer le monde »

Communique de presse #3.
Françoise Besson est professeure émérite de littératures de langue anglaise à l'Université de Toulouse 2. Membre du jury du Festival Pyrénéen de littérature « Ecrire la Nature » qui se déroule en Vallée d’Ossau, entre Pau et Laruns, du 16 au 19 juin prochain, elle explique les ressorts du nature writing, la littérature de la nature.

Quand le nature writing a-t-il été théorisé ?
L’écriture de la nature existe depuis l’Antiquité ; la poésie de Virgile ou les récits de Pline donnent une grande place à la nature, de même que la poésie chinoise, bien avant le IVe siècle. Les poètes Romantiques sont des précurseurs en matière d’écologie. Les Romantiques anglais en particulier étaient des visionnaires en ce qui concerne la relation de l’homme à la nature.

Si la nature est centrale dans quantités d’œuvres littéraires sur tous les continents, le nature writing comme genre littéraire est né aux Etats-Unis, d’abord au XIXe siècle avec Henry David Thoreau et Walden, et aussi Emerson.
Il prend de plus en plus d’ampleur vers la fin du 20e siècle : des auteurs comme Peter Matthiessen, Barry Lopez, Annie Dillard, Rick Bass, Terry Tempest Williams, Kathleen Dean Moore et beaucoup d’autres écrivent leurs expériences dans la nature et inventent une vraie philosophie remettant en question la relation de l’homme au monde.

Le nature writing est théorisé, dans le même temps, à travers une discipline nouvelle : l’écocritique. Elle analyse la littérature environnementale, et toute littérature qui donne une place à la nature. Elle montre le rapport entre la littérature et les problèmes liés à l’environnement. Elle souligne, aussi, l’idée d’engagement par la littérature.

La littérature de la nature peut montrer que chacun a un rôle à jouer"

Pourquoi la littérature de la nature s’est-elle développée aux Etats-Unis ces dernières décennies?
Peut-être parce que cela correspond à des mises en danger de la planète, de plus en plus violentes et inquiétantes (nucléaire, pesticides, exploitations minières, gaz de schiste, déforestation, mise en danger de la biodiversité et de nombreuses espèces animales et végétales, etc..).

Les Etats-Unis, inventeurs des Parcs nationaux, ont de grands espaces sauvages. Ils sont parmi ceux, aussi, qui ont vu le plus de dégâts, tels ceux provoqués par les mines d’extraction de l’uranium à ciel ouvert, notamment dans les réserves indiennes. Ils ont vu le lien entre la prolifération de cancers et ces pratiques industrielles.
On constate, malheureusement, cela sur tous les continents. Le poète touareg Hawad dénonce par exemple tous les dégâts commis sur la terre et le peuple touareg par notre monde moderne. Les Etats-Unis ont eu la chance d’avoir de nombreux écrivains. Des hommes et des femmes qui passaient, souvent, beaucoup de temps dans la nature ; qui, tout en exprimant leur propre ressenti, faisaient prendre conscience aux lecteurs de la nécessité de protéger cette nature qu’ils parcouraient. Cela donne lieu à une réflexion philosophique, à un engagement politique (voir Rick Bass et la vallée du Yaak) et à de nombreux questionnements.

En quoi la littérature de la nature peut-elle jouer un rôle face à l'urgence climatique à laquelle nous faisons face?
Elle peut conduire à une prise de conscience de chacun. Elle peut montrer que chacun a un rôle à jouer. Prenez le livre de Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, dont l’édition en anglais a été préfacée par le Prix Nobel de la Paix Wangari Maathai.
Un homme seul a tout perdu, sa femme et son fils. Il vit dans un véritable désert d’où tout le monde est parti, dans un climat hostile de sécheresse et de vents violents. Il décide simplement de replanter des arbres, un gland après l’autre. Il reconstitue une forêt. Le climat change, l’eau, la vie et les villageois reviennent.

Le livre de Giono, Wangari Maathai et les femmes du Kenya en ont fait une réalité. D’autres l’ont fait aussi ailleurs dans le monde. Giono a voulu que son livre soit distribué gratuitement partout tant il était important pour lui. Il voyait comment ce qui semble être un petit conte pouvait changer le monde. Et c’est ce qui se produit dans de nombreux endroits.

Le communiqué #3 en PDF : presse3-festival-pyreneen-de-litterature-ecrire-la-nature-jean-giono-voyait-comment-un-petit-conte-pouvait-changer-le-monde.pdf.
Contact presse : Quentin Guillon (06 86 57 77 03 / quentin.guillon@yahoo.fr)