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Et pourtant le printemps, Jean

In memoriam Jean H. (1992-2026)
Laruns, Arudy (64).

Rhododendron et édelweiss, par Béatrice Dussarps, Éditions Gypaète (Copyright), 2026 *

Le printemps approchait pourtant, Jean. Comme l'annonce un chant bien connu de chez toi; Lo printens qu'ey arribat. Il fallait "juste" laisser un peu de temps, à lui, à toi. Laisser refleurir les flancs de la montagne éprouvée par un rude climat, qu'il soit trop chaud, trop froid. Laisser de même les pans de ton cœur éprouvés par une mauvaise saison, redevenir fertiles. Regarder autour de toi l'exemple de ta belle Vallée progressivement regagnée par une exubérante symphonie du vivant; couleurs, frétillements, bourdonnements. Tu l'as tant de fois admirée, enfant. La douleur devait être si intense, bien plus encore qu'au lendemain de tes matchs les plus durs sous les tuniques ossaloises de l'Olympique ou de l'Etoile Sportive, que peut-être tu ne les aurais pas vus ni entendus distinctement, dans l'immédiat. Mais presque tout le panorama aurait bel et bien été là, au rendez-vous, lui, avec toi, à tes côtés, face à toi, autour de toi et sous tes pas. Un pas, puis deux, puis trois...

Ce message, par-delà le col où ton âme est passée il y a quelques mois, à toi et à tous ceux qui seraient tentés de le franchir trop vite, sans tout considérer, en perdant de vue cette promesse du printemps à venir, surtout, sans parler autour d'eux, et reléguer au vestiaire pour un temps au moins cette fierté si utile et si encombrante à la fois. Et parler encore. Telle la végétation reprenant ses droits sur le tapis rocailleux de nos montagnes, ton cœur meurtri aurait pu en faire autant, même si tu en doutais sur le moment. Avec le temps et le printemps... Et si c'était encore trop tôt pour te relever complètement; celui d'après ou le suivant. Car Jean, combien après toi et combien avant ? Savais-tu que Sol, autre chant de ta Vallée, évoque une vie trop tôt écourtée pour les mêmes motifs, près de cinquante ans auparavant ? Trouver la force de lever la tête, même péniblement, regarder autour de toi le vert manteaux résilient dont se parent Cinq monts, Arriutort, la montagne de Pan, après avoir été presque inhospitaliers cinq mois durant, et alors même que ça brûle, en ce moment, en cet été lui aussi trop tôt arrivé; feux de broussailles en montagne, incendies dans les pins des Landes de Gascogne laissant des hectares comme ton cœur ravagés. Et pourtant, en remontant, tu aurais vu d'une année sur l'autre la vie reprendre ses droits, Jean.

Avec les autres éclopés tu aurais de nouveau cheminé sur les sentiers de ta verte Vallée, même cahin caha, escorté par les âmes enfin apaisées de ceux qui nous ont quitté, pour veiller un temps sur toi. Le seul chemin t'aurait déjà fait du bien. En lui-même, il est un soin. "Avance sur ta route, car elle n'existe que par ta marche", disait Saint-Augustin. Vous auriez pu y voir les pousses vertes surgir de la cendre, se servant même du désastre comme d'un fertilisant, pour pousser encore plus vite, fût-ce différemment. Tu aurais continué à grandir, Jean, même autrement, même en claudiquant les premiers temps. En haut, tu aurais à coup sûr entendu de nouveau le chant des merles, craves, chocards, gypaètes, faucons, milans presque indifférents, malgré leurs pins brûlés, leurs nids détruits, repeupler de leur symphonie le pan de montagne dévasté. Le printemps, Jean; il serait revenu, assurément. S'inspirer du Vivant, pour le rester, au moins un peu plus longtemps, après tel ou tel accident de l'existence.

Mais ton âme s'élève désormais plus haut que ces montagnes où se portait ton regard d'enfant et voit ou ressent des choses qui ne nous sont pas encore perceptibles ici-bas, pour le moment. Adiù, tallèù, Jean.

CBS, pour ELN
Laruns, 25 juillet 2026

-Lo printens qu'ey arribat, anonyme, transmis par Régis Latapie et al.
-Sol, album Allez Haut ! (Agorila, 2016), Los de Laruntz (auteurs-compositeurs: A. Arette-Lendresse et J-C Coudouy). L'arrière plan peu connu de cette chanson est une trahison qu'un ossalois n'a pas supporté...

*Remerciements à l'illustratrice et peintre Béatrice Dussarps et aux éditions Gypaète pour les droits - Reproductions et cartes disponibles dans plusieurs librairies de la région et sur le site